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16 mai 2014

Rade de Genève : Une plongée dans le bleu

L'Exécutif de la Ville vient de saisir le Conseil municipal d'une demande de crédit de 450'000 francs pour l'organisation d'un concours d'idées et de projet pour l'aménagement des espaces publics de la rade de Genève (PR- 1076). Le 5 de ce mois, ce projet a été transmis, pour examen et rapport, à la commission de l'aménagement; il porte d'ores et déjà mention que son acceptation entraînera des travaux d'étude pour 2 millions et un coût de réalisation de 20 millions.

Le Conseil administratif ne souffle toutefois mot de ce que pourrait ou devrait être ce projet dans les grandes lignes, alors que, paradoxalement, il parvient à en chiffrer le coût. Rien n'est dit non plus sur le cahier des charges à remplir pour participer à ce concours, ni sur les fonctions essentielles que l'on attend de l'aménagement escompté. Mis à part le tracé du périmètre concerné (qui ressemble à celui du triangle des Bermudes - on s'y perdrait) et l'état des lieux comprenant l'indication de leurs propriétaires respectifs (Etat, Ville, SIG, privés), le message débouchant sur la facture annoncée est totalement vide de sens et de substance.

Aucun cahier des charges et aucun projet ne sont ainsi formulés, ni esquissés, qui puissent révéler quelles sont, de près ou de loin, les intentions du Conseil administratif - s'il en a.

C'est à une "plongée dans le bleu" que ce dernier nous convie : l'espace subaquatique est uniformément bleu, sans visibilité aucune autour de nous, et la voie vers la surface nous est donnée par la seule direction que prennent les bulles d'air que nous rejettons. Nous restons aveugles et muets, et ne savons que faire, à part remonter.

C'est se moquer du monde que d'agir de la sorte, alors que cela fait au bas mot une trentaine d'années que cette question de l'aménagement de la rade est au centre de nombreuses réflexions provenant de tous horizons et qu'elle interpelle notamment les esprits attachés à la préservation de ce site d'une incontestable et intemporelle beauté.

Cet objet ne figure même pas dans les divers plans financiers que la Ville établit régulièrement pour annoncer ses intentions et son programme en matière de réalisations et d'investissements. Pourquoi un tel oubli ?

Qui plus est, une motion M-641 discutée et acceptée par le Conseil municipal en avril 2007 sur ce même objet est restée sans suite pratique de son destinataire, le Conseil administratif; celui-ci n'y a répondu que trois ans plus tard en des termes pour le moins vagues - nous sommes au bord du lac - et sans reconnaître le bien-fondé des cahier des charges et projet réclamés par le délibératif de la Ville en vue de l'aménagement recherché.

De son côté, le bon peuple de Genève est laissé à l'écart du débat, quand bien même la nouvelle Constitution cantonale met à la charge de l'Autorité un devoir général d'information et de consultation préalable le concernant.

Autre bizarrerie constatée dans la procédure suivie à propos de l'objet-même de la demande de crédit susvisée : ce projet de concours a été présenté en catimini par le Conseil administratif sous le couvert de la PR-1054 qui regroupait onze propositions diverses et variées visant à couvrir des frais de pré-études et d'études pour un montant global de 2,6 millions; il a été dirigé, de ce fait, à la commission des finances qui l'a globalement entériné avant qu'il soit soumis ultérieurement au Conseil municipal, sous la forme, cette fois-ci, de la PR-1076 qui fait désormais de la question de l'aménagement de la rade un objet spécifique. On voudrait "noyer le poisson" que l'on ne s'y prendrait pas autrement.

"Gouverner, c'est prévoir", selon la judicieuse formule d'Emile De Girardin. Pour le Conseil administratif, gouverner, c'est ne pas prévoir, plus exactement ne rien prévoir. Le simple fait de vouloir s'en remettre à un concours d'idées qui ne lui appartiennent pas en propre est inquiétant pour l'avenir de la Cité : l'Exécutif de celle-ci démontre par là-même qu'il n'a pas de vision pour Genève et, pire encore, qu'il n'a pas les capacités d'en avoir.


Jacques PAGAN
Conseiller municipal VdG

                                                                                                                                                                                     

 

                 

 

                               

Dernière mise à jour :  16.05.2014 11:04

 

 

 

 

 

 

 

 

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